Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC)

Extrait du dossier « Le projet Explore2, des projections hydrologiques pour adapter la gestion de la ressource en eau »

Contexte juridique et politique

Une politique d’adaptation qui se structure depuis les années 1990

Dès 1992, la création de la mission interministérielle de l’effet de serre (MIES) marque une première structuration de l’action publique française face au changement climatique. En 2001, la création de l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (ONERC) vient consolider ce dispositif institutionnel.

La démarche d’adaptation aux changements climatiques est ainsi enclenchée au niveau national par le ministère chargé de l’environnement à la fin des années 1990. Elle vient en complément des actions lancées pour atténuer les émissions de gaz à effet de serre. Dans la continuité du programme de recherche sur la gestion et les impacts du changement climatique (GICC) débuté en 1999, la France adopte en 2006 une stratégie nationale d’adaptation aux changements climatiques. Son premier plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC1) (2011-2015) est alors dessiné lors du Grenelle de l’Environnement de 2007.

La COP21 a par ailleurs été l’occasion de lancer les travaux d’actualisation de la politique française d’adaptation aux changements climatiques, en cohérence avec l’accord de Paris. Le PNACC2 (2018-2022) avait ainsi pour objectif d’adapter la France à un réchauffement de 2°C.

Une politique articulée avec les territoires et les réglementations complémentaires

En 2015, la loi NOTRe met en place les schémas régionaux d’aménagement de développement durable et d’égalité des territoires (SRADDET) ainsi que les plans climat-air-énergie territoriaux (PCAET), qui déclinent ces politiques nationales à l’échelle des régions et des territoires.

Ces politiques publiques d’adaptation aux changements climatiques sont ainsi complémentaires à la stratégie nationale bas-carbone (SNBC) et à la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), qui s’inscrivent elles-mêmes plus largement dans la stratégie française pour l’énergie et le climat et pour la réduction des gaz à effet de serre. De même, elles font échos aux politiques publiques de l’eau comme les Assises de l’eau de 2019, le Varenne de l’eau et de l’adaptation au changement climatique de 2022 et le Plan eau de 2023.

Besoins en science et contributions d’INRAE

Si le PNACC existe depuis 2011, sa mise en œuvre et son actualisation nécessitent des données scientifiques fiables sur l’évolution du climat et de la ressource en eau. C’est tout l’enjeu du projet Explore2, dont les résultats alimentent à la fois les outils de gestion territoriale actuels et la préparation du futur PNACC3.

Explore2 : un projet scientifique d’ampleur inédite

Le projet Explore2, conduit entre 2021 et 2024, ambitionnait de décrire le climat et celui de la ressource en eau pour l’ensemble du XXIe siècle à l’échelle de la France hexagonale, tout en assurant sa bonne utilisation. Il a produit un ensemble de projections inédites en termes de richesse de modèles appliqués, de résolution spatiale et temporelle, sans équivalent en Europe, grâce à une communauté d’une quarantaine de scientifiques d’organismes différents mobilisés et fédérés autour des enjeux du changement climatique. Préparé depuis 2019, le projet a été officiellement lancé en juillet 2021 pour une durée de 3 ans. Il est porté par INRAE pour son volet scientifique et par l’Office international de l’eau (OiEau) pour le volet de transfert des résultats. Le consortium comprend également Météo-France, le BRGM, l’ENS, l’IRD, le CNRS et EDF. Il est cofinancé par ces partenaires, le ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires (MTECT) et l’Office français de la biodiversité (OFB) pour un total de 2,2 millions d’euros.

Le projet Explore2 réactualise les projections hydroclimatiques des volets « hydrologie de surface » et « hydrologie souterraine » d’Explore 2070. Conduit entre 2010 et 2012, ce projet avait, pour la première fois, mis à disposition des données sur les ressources en eau à l’échelle nationale à l’horizon 2046-2065. Explore2 utilise quant à lui des modèles hydrologiques améliorés grâce à une dizaine de projets conduits depuis Explore 2070 et des projections climatiques régionalisées actualisées à partir des scénarios du cinquième rapport du GIEC.

Un volet scientifique conçu avec les utilisateurs

Le retour d’expérience conduit auprès des utilisateurs par INRAE et financé par l’OFB a dessiné les contours d’Explore2. En est ressorti le besoin d’une étude nationale actualisée faisant référence en matière d’hydrologie, intégrant de nouveaux horizons temporels, un contenu scientifique opérationnel et une offre plus large d’indicateurs.

Face à la sous-utilisation des résultats d’Explore 2070 due notamment à la complexité de leur appropriation, les porteurs d’Explore2 ont intégré, dès le montage du projet, un volet « accompagnement des utilisateurs », prévoyant une forte interface avec ces derniers pour co-construire les résultats et aider à leur bonne compréhension.

Le volet scientifique d’Explore2, piloté par INRAE, s’appuie sur un consortium scientifique qui travaille, avec les utilisateurs, à l’élaboration des projections hydroclimatiques, au choix des points de simulation utilisés pour la modélisation hydrologique, à celui des variables à modéliser, aux statistiques à calculer et incertitudes associées, jusqu’à la production des simulations et l’évaluation des modèles. Le volet scientifique consiste à régionaliser les projections globales produites par le GIEC en termes de climat et à les traduire en termes d’hydrologie, permettant de simuler les débits, la recharge en eau des aquifères et le niveau des nappes.
 
Le projet Explore2 fournit une « hydrologie de référence » restituée sur 4 000 points de simulation des débits (contre 1 522 dans Explore 2070) et 1 200 points de simulation pour les niveaux piézométriques. Les scientifiques ont élaboré des projections climatiques sous trois scénarios d’émissions de gaz à effet de serre (RCP2.6, RCP4.5, RCP8.5), et ont choisi de délivrer les projections hydroclimatiques sous forme de « narratifs » afin d’illustrer les incertitudes associées.

Des résultats mobilisables pour les politiques publiques

Ces résultats ont vocation à alimenter directement les politiques publiques d’adaptation, d’autant plus que les projections climatiques du GIEC nécessitent de les réactualiser. À l’échelle territoriale, les projections seront utiles pour la révision des schémas directeurs d’aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) qui débutera en 2025, l’élaboration des 100 « projets de territoire pour la gestion de l’eau » (PTGE) à l’horizon 2027, la révision des plans climat-air-énergie territoriaux, l’élaboration des programmes d’actions de prévention contre les inondations (PAPI), etc.

Une suite immédiate du projet Explore2 consistera à actualiser ses résultats en s’appuyant sur le scénario d’une France à + 4 °C à la fin du siècle. Ce scénario, baptisé TRACC (trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique), est le scénario de référence choisi par le gouvernement pour le futur PNACC3. L’ensemble des documents de planification devront ainsi être basés sur cette trajectoire.

Au-delà de cette actualisation à venir, le projet Explore2 laisse aussi un héritage plus large pour la recherche en appui aux politiques publiques.

Les données et le savoir-faire acquis pendant le projet vont permettre aux scientifiques de poursuivre leur appui aux politiques publiques (notamment la planification écologique), que ce soit dans le domaine de l’eau, avec en particulier les Agences de l’eau, ou plus largement au niveau du fonctionnement d’un territoire. Les scientifiques du projet proposent par ailleurs de pérenniser le consortium pour se préparer à un projet Explore3 basé sur de futures projections climatiques.

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