David Senet – Chef du bureau de la transition pour une production agricole durable, Direction générale de l’alimentation, Ministère de l’Agriculture, de l’Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire (témoignage issu du dossier « Réduire la dépendance aux pesticides : des recherches pour accompagner les plans Ecophyto » – 2026)
Comment le ministère chargé de l’Agriculture organise-t-il la dynamique Écophyto ?
Au sein de la Direction générale de l’alimentation (DGAL), le bureau de la transition pour une production agricole durable (BTPAD) porte des politiques publiques qui soutiennent la transition agroécologique dans les exploitations agricoles : la stratégie Écophyto 2030, la stratégie nationale de déploiement du biocontrôle et le plan Écoantibio. La stratégie Écophyto 2030, lancée en mai 2024 et fruit d’un vaste travail de concertation, traduit une triple ambition : préserver la santé publique et celle de l’environnement, soutenir les performances économique et environnementale des exploita-tions, et maintenir un haut niveau de protection des cultures. La stratégie, qui répond à une obligation européenne, est pilotée par les ministères chargés de l’agriculture, de l’environnement, de la santé et de la recherche, et en lien avec le ministère des outre-mer. Les acteurs concernés sont réunis au sein d’un Comité d’orientation stratégique et de suivi (COS) qui rassemble 70 parties prenantes, dont des ONG, des organisations professionnelles agri-coles, des syndicats professionnels et des acteurs économiques, des instituts techniques agricoles, des médecins et des fabricants de produits phyto-pharmaceutiques, des collectivités, des acteurs du développement agricole et rural, etc. Notre objectif est de donner à tous les agriculteurs les moyens de la transition agroécologique via des solutions à la fois performantes et accessibles et en accompagnant le changement de pratiques. À terme, il s’agit de massifier l’adoption d’alternatives au système actuel par la reconception d’itinéraires techniques et l’association de différentes techniques agronomiques. L’agroécologie est un terreau d’innovation qui accompagne l’évolution sociologique de l’agriculture.
En quoi la science éclaire-t-elle la stratégie Écophyto ?
INRAE est impliqué à la fois dans la conception et la mise en œuvre de la stratégie. Les expertises collectives « Impacts des produits phytopharmaceutiques sur la biodiversité et les services écosystémiques » et « Protéger les cultures en augmentant la diversité végétale des espaces agricoles » et la prospective « Agriculture européenne sans pesticides en 2050 » ont été des documents majeurs pour son élaboration. INRAE est présent dans de nombreuses instances de la stratégie : INRAE participe au COS, un membre d’INRAE préside le Conseil scientifique et technique de la stratégie (CST), et une équipe INRAE anime le Comité Scientifique d’Orientation « Recherche et Innovation » (CSO R&I) qui élabore des appels à projets de recherche qui soutiennent la mise en œuvre de la stratégie. INRAE s’implique également dans des programmes structurants comme les Programmes et équipements prioritaires de recherche (PEPR), les Grands défis biocontrôle et biostimulation (GDBBA) et robotique agricole (GDRA), et bien sûr le plan d’action PARSADA. Celui-ci vise à développer des solutions de protection des cultures en anticipation du potentiel retrait des substances actives. Il associe les professionnels des filières pour mieux répondre à leurs besoins et faciliter l’appropriation des solutions développées. INRAE intervient également au sein de la cellule d’analyses comparatives, il assure le bon fonctionnement du système d’information Agrosyst du réseau DEPHY et facilite l’exploitation de ses données, et il anime la commission d’évaluation des certificats d’économie des produits phytopharmaceutiques.
Comment la politique française s’articule-t-elle avec le niveau européen ?
À l’échelle nationale, la stratégie Écophyto 2030 s’articule évidemment avec d’autres politiques publiques telles que la planification écologique, le Plan eau, la feuille de route captage, Natura 2000, la stratégie nationale biodiversité ou encore France 2030. Mais la stratégie est surtout étroitement liée à la directive européenne sur l’utilisation durable des pesticides (dite SUD), et constitue le plan d’action national prévu à l’article 4 de cette directive. En 2019, la Commission européenne a défini l’indicateur de risque harmonisé 1 (HRI-1) comme indicateur de suivi de la réduction des risques et des effets néfastes des produits phytopharmaceutiques sur la santé humaine et l’environnement. Cet indicateur reflète l’objectif de la stratégie Écophyto 2030 qui est de viser 50% de réduction de l’usage et des risques globaux liés aux produits phytopharmaceutiques à l’horizon 2030. Conscients des limites du HRI-1, également relevées par le CST, les ministères ont par ailleurs mandaté INRAE pour élaborer des pistes d’amélioration de cet indicateur. Les propositions, élaborées en lien avec le Joint Research Center (JRC) de la Commission européenne et des homologues européens, ont été remises au gouvernement français, partagées avec les parties prenantes du COS et pourront nourrir les échanges avec la Commission européenne. Garder le dialogue sur un sujet d’une grande sensibilité est essentiel.
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Dossier thématique
Réduire la dépendance aux pesticides : des recherches pour accompagner les plans Ecophyto
De très nombreuses recherches sont conduites depuis plus de 50 ans pour sortir des pratiques de protection des cultures fondées sur un usage courant de pesticides de synthèse. Le plan Écophyto, aujourd’hui appelé « la stratégie Écophyto », est une politique publique qui officialise et outille cette volonté collective qui est aussi la réponse française aux directives européennes. Nul doute qu’elle est un accélérateur de production de connaissances pour l’action. Ce dossier revient sur la contribution d’INRAE à cette ambition.


